Écarts entre discours et fonctionnement du marché du travail

On entend plusieurs intervenants se prononcer sur le marché du travail et les positions prises semblent s’avérer fort différentes de ce que l’on peut observer quant à son fonctionnement. Ce n’est pas sans susciter de sérieux questionnements.

Ainsi, il est très fréquemment question de l’importance d’une gestion humaine des ressources. Pourtant, les charges de travail s’alourdissent de plus en plus et ce, dans tous les milieux. À la Chaire de gestion sur la santé et la sécurité du travail, on rappelle, dans une recherche portant sur la charge de travail dans le secteur des services, que des études ont déjà souligné que l’intensification du travail génère des effets nocifs sur la santé et la sécurité du travail des personnes (troubles musculo-squelettiques, détresse psychologique, fatigue, accidents). Quant aux organisations qui doivent gérer des changements fort rapides pour maintenir productivité et rentabilité, elles doivent faire face à une augmentation de l’absentéïsme, du roulement de personnel et des problèmes de qualité. On a vu récemment à quel point les exigences d’employeurs peuvent aller si on pense à des stages dans des grandes institutions bancaires, la charge de travail étant si grande que les stagiaires ont à peine le temps de dormir quelques rares heures si bien qu’il en est résulté un décès d’un jeune homme de 21 ans récemment selon un texte du Huffington Post.

Comment concilier ce souci de gestion humaine des ressources avec cette intensification du travail et les impacts de ce phénomène sur la santé des personnes? On semble plutôt accepter sans réserve la vitesse de plus en plus accélérée des changements auxquelles les organisations se sentent obligées de leur faire face sans se donner vraiment le temps de cerner les conséquences à court ou ou moyen terme.

On évoque fréquemment au Québec le vieillissement de la main-d’œuvre et l’importance de conserver au travail le plus longtemps possible les travailleurs expérimentés. Pourtant, les employeurs ne semblent pas encore avoir mis en place des politiques pour faire une gestion différenciée de leurs ressources, des politiques qui ajusteraient les tâches en fonction des capacités des personnes, cet ajustement pouvant, en principe, se discuter entre un patron et un employé qui arrive en fin de carrière. On semble préférer licencier ce type de personnes plutôt que de mettre en place de telles stratégies, se privant, par le fait même de l’expertise développée pendant de longues années. Tout ça dans un environnement où on se dirige vers une élévation de l’âge de la retraite.

Ces écarts ne peuvent que ramener à l’ordre du jour une réflexion sur le sens du travail. Jusque où les organisations doivent-elles aller pour faire face aux impératifs de la mondialisation, de la compétitivité, de l’accumulation des profits, sans vraiment tenir compte des impacts de leurs demandes sur la santé des personnes qu’elles emploient? Les personnes ne peuvent être vues comme des « pièces remplaçables » sans que les autorités ne s’en fassent aucunement pour elles. Combien de personnes feront-elles face au burn out qu’elles auront développé parce que vivant au sein d’organisations qui leur en demandent toujours plus dans des délais qui rapetissent sans cesse? Est-ce que la société doit accepter ces coûts sociaux en raison des problèmes de santé développés, sans réagir? Déjà, en 1996, un professeur de l’École des hautes études commerciales (HEC) de Montréal, Thierry Pauchant, se penchait sur le sens du travail qui, déjà, s’avérait problématique. La mondialisation s’accélérant depuis ce moment, le sens du travail s’avère une question encore plus importante à mettre à l’ordre du jour du politique.

 

 

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *