Être aidante naturelle : tout un défi!

Elle était aidante depuis longtemps, quatorze ans maintenant. Elle avait commencé à assumer ce rôle auprès de l’une de ses parentes plus âgées. Ça avait duré quelques mois, le cancer ayant emporté rapidement cette femme. Mais elle avait été marquée par son expérience qu’elle n’avait pas trouvée facile.

Elle avait beaucoup écouté cette parente âgée, elle avait également partagé avec elle sur des souvenirs d’enfance ou de jeunesse, recueillant son point de vue sur certains événements familiaux antérieurs marquants, pour elle ou pour la parente âgée. Quand cette parente, qui avait été très proche d’elle de même que de ses frères et sœurs, lui avait posé une question plus que délicate, formulée très simplement, soit « à quoi ça a servi que je sois là? », elle avait voulu répondre honnêtement et sincèrement en rappelant que pour elle, ses frères et sœurs, elle avait été importante nous montrant, par exemple, l’intérêt d’explorer certaines questions que des gens plus traditionnels qu’elle, ne songeraient pas du tout à appréhender. Ce qui avait surpris l’aidante, c’est que pour elle, un bilan de vie était quelque chose de très personnel, mais cette parente voulait qu’elle y contribue, à sa façon. L’aidante avait alors senti la confiance témoignée et en avait été touchée.

L’aidante avait aussi accompagnée son père pendant plus d’un an. Ça n’avait pas été une expérience facile, ça avait requis beaucoup d’énergie, même si elle ne voyait son père en résidence que trois fois par semaine. Mais le tempérament très autoritaire de son père était on ne peut plus éloigné du sien. L’entente était difficile avec lui qui continuait, malgré plusieurs handicaps importants dont certains qui affectaient ses fonctions cognitives, à la suite d’un AVC majeur, à vouloir prendre les décisions, toutes les décisions pour lui ainsi que pour l’aidante.

L’aidante avait accompagné également une autre parente, mais comme elle devait, en même temps, s’occuper de sa mère, elle avait réduit cette aide à des coups de fil assez longs, au rythme d’au moins une fois par semaine. Cela avait été une expérience plus facile que pour les précédentes, même si cela avait requis certaines qualités similaires, dont l’écoute. Cela tenait sans doute au fait que cette parente avait un caractère beaucoup plus optimiste et qu’elle était prête à quitter la vie, elle se détachait petit à petit des choses de la terre. Tout cela l’aidante l’avait toutefois compris à postériori.

L’aidante avait également accompagné sa mère dans sa dernière période de vie. Ça faisait déjà plusieurs années. Elle était consciente que cela demandait une énergie toujours plus grande, toujours plus de patience aussi. Sa mère perdait progressivement ses capacités, mais comme elle était orgueilleuse, elle refusait même d’envisager cette possibilité. Cela rendait les choses vraiment compliquées. Elle envisageait la suite des choses, se sentant déjà démunie devant la situation. Comment faire comprendre à sa mère qu’elle ne devait pas céder à sa demande répétée, jour après jour, de déménager parce qu’elle croyait se faire voler? Pourtant, la plupart des choses avaient été retrouvées à l’intérieur même de son appartement. Comment faire comprendre que ce n’est pas parce qu’on obtempérait pas à sa demande qu’on ne l’aimait pas? Comment ne pas s’épuiser à répéter, jour après jour, le même discours?

Être aidante est très loin d’être facile, surtout que dans la plupart des cas, ce sont des mois, voire des années qui sont engagées dans cette relation d’accompagnement. Comment faire pour ne pas lâcher la personne aidée avant la fin? Parfois, le découragement est tel que l’envie paraît irrésistible. Le réseau de la santé et des services sociaux à tellement de difficultés à apporter une réponse adéquate aux gens, dans des temps raisonnables, l’aide aux personnes âgées semble être vue, depuis de nombreuses années, comme relevant essentiellement des familles. Est-ce que les politiciens réalisent pleinement que cette aide est d’abord le fait d’aînés plus jeunes envers des aînés du grand âge? J’avoue que je ne le crois pas. Il serait plus que temps que les décideurs se réveillent, des aidants qui décèdent avant les personnes aidées, ça existe, il ne faudrait pas que leur nombre explose. Nous sommes, je crois, devant un tel risque social.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *