Gaspillage éhonté des aliments

Le Canada fait-il meilleure figure ?

Selon des estimations datant de quelques années, les aliments mis aux rebuts représentaient 20 milliards de dollars. Or, selon un récent rapport de la FAO des Nations Unies, du Stockholm International Water Institute et de International Water Management Institute, près de la moitié de tous les aliments produits, sont gaspillés après leur production.


La sottise dépasse parfois l’imaginable. Il y a quatre ans, les producteurs de pommes de terre en Amérique du Nord avaient formé un cartel, l’United Potato Growers of America, leur permettant par la gestion de l’offre, de hausser les prix et de soutenir la demande. Mais, à peine un an plus tard, le consortium se voyait contraint de demander aux agriculteurs de détruire leurs récoltes pour stimuler les prix. Dans une seule année, la section de l’Idaho a dû enterrer environ 4 millions de sacs de pommes de terre déjà récoltées et en très bon état .Un agriculteur a dû travailler trois jours pour enterrer ses pommes de terre, et ainsi essuyer une perte de 100 000$ Durant la seule année 2006, United a fait disparaître 6, 8 millions de sacs de 100 livres de pommes de terre des marchés américains et canadiens. Cette même année, les producteurs voyaient leurs recettes augmenter de 49%.


Or, ce n’est là qu’un bien mince aperçu du désastre alimentaire qui se poursuit sans vouloir s’arrêter. Tous les jours, il se détruit des quantités gigantesques de produits pour une simple raison d’esthétique. Il faut absolument que les produits soient parfaits : leur grosseur, leur forme, leur style ou couleur déterminent leur mise en marché.


Entre 25 et 40% de la plupart des fruits et des légumes sont rejetés par les supermarchés occidentaux. Un agriculteur racontait qu’un tiers de sa récolte est rejeté pour des raisons cosmétiques, ce qui crée littéralement des montagnes de pommes de terre trop grosses, difformes ou avec des yeux trop nombreux.


Pour ce qui est des bananes, la situation n’est guère mieux, car de 20 à 40 % de la production est éliminée avant d’arriver sur les marchés.


Un des plus grands bouleversements dans l’agriculture tient au fait que la production agricole dans les pays occidentaux a connu plus de changements dans les 50 dernières années qu’au cours des 10 000 années précédentes.


Christopher Haskins, ex-président de Northern Foods, entreprise de transformation des aliments en Grande-Bretagne, estime que 70% de toute la nourriture produite dans ce pays est tout simplement gaspillée.


Autre exemple de bêtise contagieuse : les pommes trop rouge ou insuffisamment rouges sont rejetées par les supermarchés ; en Grande-Bretagne, un grossiste a dû se débarrasser de 5 000 kiwis dont le poids était inférieur de 4 grammes au seuil fixé à 62 grammes.


On peut alors se demander pourquoi les producteurs et les supermarchés ne donnent-ils pas la nourriture au lieu de la jeter? Les efforts requis pour emballer les produits éliminés au lieu de les jeter dans les bennes à rebuts constituent une entrave suffisante pour justifier la façon d’agir de certaines entreprises.


Les sociétés se plaisent à faire valoir qu’elles ont les démunis à cœur. Ainsi, en 2007, la chaîne britannique de supermarchés Sainsbury se félicitait d’avoir donné 6,800 tonnes de nourriture, geste admirable certes, mais cette quantité ne représentait que 10% de ses rejets annuels.


Autre aberration : la firme britannique Marks & Spencer, exige de ses fournisseurs de sandwichs qu’ils éliminent la croute et la première tranche d’un pain aux deux extrémités. Bilan de cette opération : 13 000 tranches de pain par jour aux poubelles. Ainsi, on parle également de cas où les fabricants produisent une plus grande quantité d’un produit que peuvent effectivement vendre les supermarchés dans le secteur des produits alimentaires (repas prêts à emporter et sandwichs dont le niveau de surproduction représente 56% de la production totale d’une entreprise, ce qui signifie que la quantité de nourriture jetée aux rebuts est plus grande que la quantité vendue.


Le consommateur n’est pas non plus blanc comme neige. Les Américains jettent chaque année 96 kilos d’aliments consommables, alors qu’en Grande-Bretagne, 58% de toutes les carottes cultivées vont aux rebuts. Le cas de la laitue est encore plus scandaleux. Encore en Grande-Bretagne, pour une portion de salade servie, deux sont éliminées. A cela, ajoutons 484 millions de contenants de yaourt non ouverts, 27 pommes par personne et 2,6 milliards de tranches de pain par année, soit suffisamment de nourriture pour assouvir la faim de 30 millions de personnes.


Comment en sommes-nous arrivés à ce stade? La générosité des gouvernements et l’industrialisation de l’agriculture ont contribué à rendre les prix des aliments à un niveau historiquement bas. En termes réels, les prix des aliments ont chuté de 75% entre 1974 et 2005. Jusqu’en 1952, les Américains consacraient plus de 20% de leur budget à la nourriture; l’année dernière, ce poste budgétaire ne représentait plus que 5,6%. A titre de comparaison, les Pakistanais doivent consacrer près de 75% de leur revenu à la nourriture.


À l’heure actuelle, les pays riches produisent près de 200% d’aliments de plus qu’ils n’en ont besoin pour répondre aux besoins de leurs populations, et au niveau des aliments consommés par ménage, ce gaspillage s’établit à 25%. A ce coût, il faut ajouter les taxes, l’exploitation des sites d’enfouissement qui sont la source de 38% du méthane attribuable à l’activité humaine et les gaz à effet de serre. Donnée inquiétante : de 1990 à 2005, les déchets municipaux ont augmenté de 24% par comparaison aux pays membres de l’OCDE où l’augmentation n’a été que de 5%. Également à signaler, les Torontois ont généré 70 kilos de rebuts de plus par personne l’année dernière qu’il y a dix ans.


Mais¸ il y a plus encore. Il faut compter les ressources utilisées pour produire ces aliments : les fertilisants, les pesticides, l’essence pour le tracteur et le transport.

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