Gérer les milieux humides : une responsabilité à déléguer aux villes? Vraiment? Pour quoi?

Monsieur Labeaume a témoigné, le 17 mai, en commission parlementaire sur le projet de loi 132, intitulé « Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques », il a clairement demandé, selon Radio-Canada, que la gestion de ces milieux soit confié aux villes, avançant que celles-ci avaient toutes les compétences pour assurer le développement et la gestion de ces territoires.

Rappelons d’abord que selon Rappel, la Coop de solidarité en protection de l’eau, les milieux humides ont plusieurs caractéristiques dont certaines paraissent très importantes, dont :

  • agir comme une protection naturelle en tant que zone tampon,
  • servir à la filtration des polluants et des sédiments dans l’eau,
  • jouer un rôle de régulateur naturel en retenant les surplus d’eau, diminuant ainsi les risques d’inondation et d’érosion des rives,
  • supporter des habitats pour la faune et la flore tant terrestre qu’aquatique.

Les services écologiques rendus par les milieux humides peuvent donc être considérés comme majeurs. Ces milieux jouent un rôle important dans la prévention des catastrophes naturelles. Il apparaît essentiel de les préserver. Pour l’ensemble de la population, en ce printemps marqué par des inondations qui affectent bien des régions du Québec, la protection de ces milieux si utiles à la qualité des écosystèmes apparaît indéniable.

Gérer les milieux humides et hydriques, tel que demandé par monsieur Labeaume, soulève cependant des questions dont certaines portent sur les ressources professionnelles formées à cette fin, des ressources qui seraient en nombre suffisant pour couvrir l’ensemble du territoire de la Ville. Est-ce bien le cas présentement à la Ville de Québec? La Ville emploie-t-elle des biologistes qui seraient aptes à dresser les cartes à cette fin? À faire la surveillance de ces milieux?

Si on se réfère à un exemple marquant à cet égard, celui du projet Nodelo (tel qu’il s’appelait à l’origine, dans l’arrondissement Charlesbourg, au Nord de la rue George-Muir) et d’après les informations auxquelles j’ai pu avoir accès, il s’agit là d’un projet qui a amené des citoyens à se mobiliser depuis 2012 pour faire appliquer les règles gouvernementales en matière environnementale – bruit, protection d’un milieu humide, etc. Rappelons certaines des étapes marquantes de cette saga.

Un premier projet a été présenté par un promoteur et accepté par la Ville qui devait aller en consultation publique parce que cela requérait un changement de zonage.

Les citoyens connaissaient l’existence de ce milieu humide et, préoccupés de la qualité de leur milieu, ont fait des vérifications pour connaître les précautions prises en matière environnementale. Finalement, le ministère de l’Environnement a arrêté ce projet et la Ville a, par la suite, retiré le projet de changement de règlement de zonage nécessaire à la réalisation du projet du promoteur.

Un second promoteur s’est, par la suite, montré intéressé à développer le secteur couvert par ce projet. Cette deuxième étape semble avoir présentée des aléas similaires à ceux de la première étape. La Ville poursuivait dans son intention de développer ce secteur tout en tenant compte des préoccupations des citoyens, selon les propos de Patrick Voyer rapportés dans le Charlesbourg Express du 23 septembre 2015, également inscrits au procès-verbal du conseil de quartier de Notre-Dame des Laurentides, du 2 décembre 2015. Les citoyens se sont manifestés, pour leur part, en déposant une pétition remise au conseil d’arrondissement de Charlesbourg à l’automne de cette même année.

Une étape additionnelle semble avoir commencé plus récemment. Il paraît toujours aussi difficile pour les citoyens d’avoir accès à l’information sur ce projet à propos duquel il a été annoncé que les études environnementales n’auraient lieu que postérieurement à un changement de zonage selon la Ville qui a ainsi pris position en mars 2017 lors d’une consultation publique. Comme citoyenne, je ne peux que m’étonner de cela. En effet, pourquoi changer un zonage si le terrain couvert était vu comme non propice à la construction d’un projet de développement immobilier après la réalisation de telles études?

Compte tenu de l’adoption annoncée du projet de loi 122 retirant aux citoyens le droit au référendum, les citoyens ont accepté un compromis ne correspondant pas entièrement  à leurs valeurs, une partie du milieu humide devant disparaître pour laisser place à du développement immobilier. Il est facile de comprendre cela, après cinq ans de mobilisation pour faire valoir la préservation d’un milieu humide, que d’énergie les citoyens ont dû consentir à investir là, pour le bien commun.

Devant cet exemple, on ne peut que se poser des questions sur une éventuelle délégation de la gestion de ces milieux si importants et si complexes à la Ville de Québec. D’autant qu’il semble que les citoyens aient éprouvé des difficultés à prendre connaissance des documents de la Ville liés à ce dossier, ayant dû passer par le processus d’accès à l’information, fort ardu, si je me fie à ma propre expérience à cet égard.

Quels seraient les avantages pour les citoyens et leurs préoccupations de qualité de leur milieu si la Ville avait cette délégation de gestion des milieux humides sur son territoire? Personnellement, je ne les vois pas.

 

 

 

 

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *