L’oligarchie, ça suffit. Vive la démocratie !

La question des liens entre les grandes entreprises et le monde politique, peu importe la juridiction où se retrouvent les élus, interpelle tous les citoyens.

Des questions similaires à celles posées par un très grand nombre d’acteurs au Québec, semblent se poser également dans d’autres sociétés occidentales. Un journaliste crédible s’est penché sur le sujet. Il paraît pertinent de faire connaître ses propos, c’est pourquoi j’ai fait une synthèse de la conférence donnée le 2 mai dernier à Québec, à la salle Jean-Paul Tardif, par monsieur Hervé Kempf du Monde.

Je vous remercie à l’avance et bonne journée.

Monsieur Kempf a été invité au Québec par des associations, soit

  • Les ami(e)s de la terre;
  • le Collectif pour un Québec sans pauvreté;
  • deux alliances de recherche université-communauté, celle sur le développement territorial et celle sur l’innovation sociale associées au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.
  • Monsieur Kempf avance, d’entrée de jeu, que la démocratie est un système politique qu’il est possible de définir succinctement comme étant un gouvernement « par le peuple, pour le peuple » et que le système dans lequel les pays occidentaux vivent, à l’heure actuelle, comporte les signes extérieurs de la démocratie, mais que la réalité semble loin de s’orienter vers un tel but.

    Monsieur Kempf s’interroge donc sur le système démocratique dans lequel les pays occidentaux vivent et, plus particulièrement, sur ses liens avec le monde financier de même qu’avec celui des grandes entreprises.

    Du point de vue de Kempf, la crise financière de 2008 a fait apparaître clairement la situation d’hybridation entre le monde politique et le monde financier dans laquelle les pays occidentaux sont entrés alors qu’antérieurement ces sphères étaient, d’une certaine façon, cloisonnées les unes par rapport aux autres.

    Monsieur Kempf précise que deux ans après la crise, tout semble redevenu comme avant dans le secteur financier. Il décrit de façon très explicite le très grand pouvoir des banques et des grandes entreprises dont les revenus sont de plus en plus élevés, des sociétés marquées par des inégalités de plus en plus grandes – le salaire d’un banquier pouvant atteindre plus de 200 fois le salaire moyen de l’organisation pour laquelle il travaille.

    Monsieur Kempf indique aussi que les élites de ces deux secteurs, le politique et le financier qui comprend les grandes entreprises, sont de plus en plus près l’un de l’autre, voire qu’il est possible d’observer une forme « d’aller-retour » des membres de ces groupes entre les deux.

    Cette proximité semble amener les dirigeants politiques à prendre en considération les positions du secteur financier de façon telle que ces dernières peuvent influer grandement sur l’élaboration des politiques publiques, voire même, dans certains cas, les dicter. C’est ainsi que bien des pays occidentaux se sont orientés vers la privatisation de biens publics (autoroutes, électricité, télécommunications), ont confié certains mandats spécifiques à l’État tels que la police, des prisons, l’armée, au secteur privé. Quant à l’éducation nationale, son budget est de plus en plus limité, faisant ainsi ressortir les perspectives plus intéressantes pour les établissements du secteur privé. Les médias, pour leur part, sont contrôlés par des grandes entreprises qui ont un agenda idéologique très spécifique.

    Il s’agit là de facteurs susceptibles d’expliquer pourquoi beaucoup considèrent qu’il n’y a plus de vrai débat au sein de nos sociétés où l’espace commun est très fortement mobilisé par la télévision.

    Monsieur Kempf rappelle qu’auparavant, les citoyens pouvaient discuter des grands sujets importants aussi bien dans certaines institutions telles que les syndicats ou les associations professionnelles, mais également dans les familles, avec les amis, dans certains établissements publics comme les cafés. Ainsi, plusieurs canaux de discussion pouvaient coexister. Les autres lieux de délibérations sont beaucoup moins actifs maintenant. Monsieur Kempf évoque le fait que l’on semble s’être engagé dans une opération de conditionnement de l’esprit public.

    Pour lui, l’abstention au moment des élections, de plus en plus élevée dans tous les états occidentaux, pourrait être interprétée comme une révolte contre un système qui n’arrive pas à modifier les équilibres des pouvoirs qui penchent de plus en plus vers une classe de plus en plus restreinte de personnes de plus en plus riches.

    Monsieur Kempf aborde également un des impacts de l’hybridation, soit les conflits d’intérêts. Il donne l’exemple de la crise de la grippe H1 N1 qui a amené l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à recommander une vaccination à très large échelle. Il a été reconnu par la suite que l’OMS avait, en quelque sorte, exagéré le risque, se fondant sur une recommandation d’experts dont certains avaient des liens avec de grandes entreprises pharmaceutiques dont les profits se sont accrus considérablement.

    Enfin, monsieur Kempf a évoqué la crise écologique qui affecte la planète. Cette dernière n’est pas sans soulever des interrogations au regard de la culture de consommation caractéristique des pays occidentaux. Se tourner vers des activités moins énergivores, de même que vers une baisse de la consommation matérielle lui semble une voie pertinente. Cela suppose cependant une réduction forte des inégalités qui se sont accentuées ces dernières années et, également, une transformation des habitudes de vie. Aussi, du point de vue de monsieur Kempf, le développement durable ne doit pas servir « d’alibi » au capitalisme, l’économie actuelle étant dans une sorte d’impasse. Il est intéressant de savoir que monsieur Kempf se définit lui-même comme un « objecteur de croissance ».

    Monsieur Kempf conclut que les sociétés doivent s’orienter vers une métamorphose, les oligarques actuellement au pouvoir n’étant pas vraiment préoccupés du bien commun et nous menant vers la catastrophe – à titre d’exemple à cet égard, il n’y a qu’à évoquer les changements climatiques qui affectent toutes les régions de la planète ce qui amènent même des groupes à devenir des réfugiés climatiques.

    Marie-Joëlle Brassard, directrice de la recherche au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité et co-directrice de l’Alliance de recherche université-communauté sur le développement des territoires et la coopération fait une synthèse de la conférence et des discussions entre monsieur Kempf et les personnes présentes articulée autour des deux points suivants :

  • la tension de plus en plus grande entre le politique, le social et l’économique qui amène les citoyens à se retirer de l’espace public et en déduit deux choses, la nécessité pour les citoyens des réintégrer ces 3 dimensions de même que la nécessité, pour les autres acteurs, de séparer de façon plus claire ces dimensions de la vie de la société;
  • le sentiment partagé qu’au local, il n’est pas possible d’avoir du pouvoir sur le mondial et en déduit que cela peut se concrétiser à la condition de s’ouvrir à la différence afin d’être en mesure d’établir des relations de confiance et ainsi, pouvoir constituer un réseau. Cela suppose qu’il ne faut pas craindre de dire ouvertement les choses.
    1. Hervé Kempf est entré au journal Le Monde en 1998. Avant ce moment, il a travaillé, à partir de 1985, dans plusieurs autres médias et a écrit principalement sur des questions écologiques, ainsi que sur les liens de celle-ci avec la crise sociale.

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