La langue de chez nous en survie, par Gilles TITTLEY

LA LANGUE DE CHEZ NOUS EN SURVIE? À court d’idées? non, mais à court de mots. À lire et à entendre les parlants français au Québec, nous sommes forcés de réaliser et d’admettre que, malgré toutes les statistiques, la langue d’usage courant est malmenée et montre de graves lacunes. Notre savoir semble déficient, malgré tous les moyens et outils de communications hors du commun dont nous disposons et à portée de main. Notre connaissance est pauvre et pour cause: songeons aux transformations engendrées par l’inforoute, les trop fréquentes réformes scolaires sans véritable contrôle et l’américanisation du parler et de l’écrit, sans oublier les effets linguistiques de la mondialisation. Ajoutons à cela une certaine paresse intellectuelle qui fait éviter la recherche des mots, des

expressions et des termes justes. La langue est négligée dans un tel contexte.

Certains de ceux et celles qui devraient nous servir de modèles i.e. qui par leurs fonctions s’adressent, soit par le parler ou l’écrit à divers publics, jouant ainsi un rôle important et indispensable d’éducation, ne sont pas toujours à la hauteur. Ils ont en main, soit la

plume (ou l’ordinateur), soit le micro et ils doivent comprendre leur influence exercée sur le public par une compétence sans cesse renouvelée. Nous sommes loin du temps où les stations, soit de radio ou de télévision ou certains médias écrits se faisaient les défenseurs inconditionnels de la culture et de la langue françaises. Des productions de tous genres autant du cinéma que du théâtre devenaient des incitatifs au mieux-être de la communication. Bien communiquer devenait une véritable école de vie. On faisait oeuvre d’éducation populaire dans le plus grand respect du public en belle langue de chez nous.

De cette actuelle situation découlent de sérieuses entraves dans l’utilisation du mot juste. J’en veux pour exemple le fameux mot PLACE qu’on utilise de façon répétitive, spontanée eterronée. Voyons- en d’abord la définition. Une place est un « espace public découvert entouré de constructions dans une agglomération ». Il s’agit donc non pas d’un édifice quelconque mais d’un ensemble de bâtiments disposés d’une façon particulière qui constitue une place v.g. la

Place d’Armes à Montréal. Ainsi il faudrait s’interroger sur le rôle que jouent les responsables de l’application de la loi 101

et tous ceux et celles qui sont concernés par la désignation des noms d’entreprises et de la

toponymie pour faire correctement les choses. Les comités de francisation existent-ils toujours et quels rôles jouent-ils? J’en veux comme exemples la Place Bell de Laval, la Place du 50e de Laval, la Place Laurier de Québec et combien d’autres ainsi désignées? PVM pour Place Ville- Marie célèbre ses cinquante ans. Il serait bien à propos d’en changer la désignation en donnant ainsi l’exemple de l’utilisation juste et à propos d’un nom. Forum, agora ,amphithéâtre, palais, complexe, etc, voilà autant de mots pouvant corriger la situation.

Face à la condition de notre langue, disons-le, très affaiblie, si tous ensemble nous n’agissons pas, il y a vraiment péril en la demeure. Quand on sait que nous ne sommes qu’une gouttelette de francophones dans cette mer anglophone, si nous voulons vraiment survivre à la manière de nos prédécesseurs: il faut changer des choses de façon imminente. Quand on voit qu’au Canada un modèle de ténacité face au français se vit en Saskatchewan et en Alberta: il y a lieu de s’en réjouir car il s’agit de gestes persévérants face aux droits du français qui concernent les provinces, les territoires et l’ensemble du Canada. La francophonie n’est pas morte mais à la condition qu’on agisse. Peut-on rêver du jour où à tous les paliers de quelque domaine que ce soit, les parlants français se donneront le mot pour garder bien vivante cette langue porteuse de tant de richesses et de poésie? Reflet de l’âme, la langue française a été de toutes les luttes et de tous les combats pour que survive jusqu’en terre d’Amérique cette espérance de nos aÏeux. Faisons ensemble ce rêve pour notre jeunesse et accrochons-le au ciel de son avenir!

C’est un rigoureux examen de conscience qui s’impose. Est-ce que toutes les communications en français peuvent être exportables? C’est à se le demander. Pour être humoriste ne doit-on pas s’exprimer correctement en évitant la vulgarité hélas trop répandue et assortie de sacres qui devraient être réservés au domaine religieux dans une société dite laïque? On peut être comique tout en étant drôle dans le meilleur des sens pour mieux considérer et respecter le public qui englobe tous les âges, les milieux et les cultures. Le Québec regorge de talents fort impressionnants mais il aura à poursuivre sa lancée sans renier ses origines.

On aura beau faire des lois: il faut d’abord et avant tout la conviction et l’amour de sa langue et de sa culture que rien ne peut remplacer. PARLER CORRECTEMENT EST UNE MARQUE DE RESPECT DE SOI-MÊME ET DES AUTRES. Je rêve du jour où les médias ou de grandes sociétés organiseront des concours populaires sur la langue française dans les quotidiens ou ailleurs, non pas concernant de mots savants mais de mots et expressions de la vie courante.

Ainsi la langue de chez nous gardera tous ses droits.

GILLES TITTLEY

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