La liberté de presse, facteur important du fonctionnement de notre régime démocratique, est-elle menacée?

Notre régime démocratique suppose que les citoyens élisent un gouvernement qui va prendre des décisions en fonction du bien commun. Pour que les citoyens soient en mesure de bien soupeser les propositions des équipes qui se présentent lors des élections, il faut que l’information puisse circuler adéquatement avant que ceux-ci fassent un choix éclairé.

Cependant, quand on regarde ce qui se passe au fédéral, on ne peut que constater les difficultés importantes pour les journalistes à véhiculer une information adéquate, la transparence ne semblant pas à l’ordre du jour pour les conservateurs. En effet, Reporters sans frontières classait, le 3 mai dernier, le Canada en 20ème, en baisse de 10 positions. Cela s’explique notamment par les entraves lors du printemps étudiant, mais aussi par les menaces persistantes contre le secret des sources et la protection des données privées des internautes malmenée par le décret fédéral C-30 sur la cybercriminalité.

Également, le gouvernement fédéral, mais aussi le gouvernement québécois, ont réclamé des journalistes qui ont rendu publiques des informations extrêmement délicates sur les paradis fiscaux, les noms des personnes qui ont ainsi pu éviter de payer des impôts très importants. Pourtant, le Canada a signé des accords avec plusieurs de ces pays – à titre d’exemple, songeons à la Barbade. Mais demander aux journalistes les noms de ces personnes, c’est associer les journalistes à l’appareil policier, ce qui pourrait nuire à la réalisation d’enquêtes ultérieures de la part des journalistes. En effet, si les journalistes avaient acquiescé à la demande des gouvernement canadien et québécois, les sources de ces professionnels, lors d’enquêtes ultérieures, pourraient alors craindre d’être identifiées si elles se confiaient à de tels journalistes.

On a vu au Québec, une ancienne ministre, Michelle Courchesne, déplorer les nombreux reportages faits des travaux de la Commission Charbonneau en avançant que les personnes intéressées à aller en politique seront moins nombreuses, parce que ce serait, si on peut dire, une « occupation extrême » avec tous les risques qui y seraient inhérents. À mon point de vue, une telle position équivaut à nier le droit du public à l’information dans un dossier où on ne peut que se demander comment se fait-il qu’autant de personnes aient été mêlées à toutes ces manœuvres depuis si longtemps sans que cela ne soit rendu public avant maintenant.

Plus récemment, on s’est aperçu que le dernier budget du gouvernement conservateur pourrait permettre une ingérence dans le fonctionnement de Radio-Canada. C’est jugé assez grave par la CSN que cette centrale syndicale propose aux internautes une pétition pour demander le retrait de ces dispositions qui rompent nettement avec le passe.

Tous ces indices laissent penser qu’il se passe quelque chose d’important et sur lequel il convient de réfléchir tous ensemble, nous les citoyens ordinaires. Il convient également d’appuyer la pétition de la CSN, il ne s’agit pas seulement d’emplois syndiqués, mais aussi de qualité de l’information qui sera véhiculée par Radio-Canada si les conservateurs mettent en place de telles dispositions. Je n’ai pas envie que cette société d’État devienne une instance de propagande des conservateurs, je considère essentiel que du journalisme de qualité puisse continuer à se faire, c’est d’autant plus important que certains groupes financiers contrôlent déjà plusieurs médias.

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