L’acceptabilité sociale : un élément essentiel du bien vivre-ensemble

Je suis allée entendre à l’Université Laval, le 6 novembre, Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé, deux spécialistes reliés sur le thème de « Acceptabilité sociale : sans oui, c’est non ». Je vous livre ici une synthèse à ma façon des propos entendus.

D’entrée de jeu, il est précisé qu’un projet acceptable socialement, c’est un projet qui bénéficierait d’un appui populaire. On parle d’acceptabilité sociale quand un projet présente, aux yeux d’un ou plusieurs acteurs sociaux, certain(s) problème(s). Il est généralement fait mention de la thématique de l’acceptabilité sociale quand on perçoit une opposition entre promoteurs et citoyens par exemple.

Toutefois, pour certains, le seul fait de poser un regard critique sur un projet peut amener à qualifier la personne ou le groupe, d’opposant, voire même à y voir une forme de déviance sociale, tout projet étant souvent assimilé à une amélioration de la situation préexistante. Cela n’est pas sans influer, voire à limiter l’expression des opinions, positions, etc.

À propos d’un débat autour d’un projet

Plusieurs arguments peuvent être utilisés à cette fin dont les suivants :

  • Pour plusieurs, certains s’opposent pour s’opposer. Pourtant, il est très difficile pour des citoyens de se mobiliser sur un enjeu, surtout que ceux-ci entreprennent ce type d’action de façon bénévole, sur leur temps libre;
  • Il peut être demandé, voire exigé des opposants à un projet, de proposer un scénario alternatif pour que des impacts vus comme aussi positifs que ceux inhérents au projet présenté puissent se concrétiser. Cela revient toutefois à dire que l’on n’est pas intéressé à entendre la position des gens qui se questionnent sur le projet ou encore qui s’y opposent;
  • Le syndrome « Pas dans ma cour » par le biais duquel les opposants à un projet sont présentés comme des égoïstes, des individualistes par rapport à un promoteur soucieux du développement pour tous. Cependant, ces opposants sont préoccupés par des enjeux précis et ont pris la peine de se mobiliser pour que leur position soit prise en considération, ce qui est, répétons-le, difficile à réaliser. Leur position doit être vue comme légitime. Se servir d’un tel argument pour un décideur, c’est dire que celui-ci veut clore le débat sans que tous aient pu se faire entendre, par conséquent, cela permet à ce décideur de ne rien faire. Il ne fait aucun doute que de mesurer les pertes auxquels les citoyens ont l’impression de faire face quand il y a opposition à un projet afin d’éventuellement pouvoir les compenser, paraît une voie plus porteuse pour le développement d’une communauté que des accusations associées à ce syndrome;
  • L’argument de la majorité silencieuse est souvent utilisé, il sert à diviser les citoyens entre ceux qui se mobilisent et les autres, mais personne ne peut présumer de l’accord des gens qui se taisent, ainsi, parfois ce silence peut être stratégique, en attente de l’expression de la position d’un autre acteur, parfois il peut être contraint en ce sens que ceux-ci manquent d’information sur un projet ou tout simplement en ignorent l’existence, ou encore certains peuvent diverger du point de vue du groupe plus large auxquels ils appartiennent, parfois encore, ils peuvent sentir qu’ils manquent de compétence pour s’exprimer publiquement et auraient besoin d’un certain soutien pour le faire.

Les spécialistes précisent encore qu’entre une position très favorable à un projet et une autre très défavorable, le plus souvent, dans les deux supportées par un nombre restreint de personnes, il peut exister plusieurs positions différentes.

Certains obstacles à la participation citoyenne

Ils relèvent encore que de demander à des groupes citoyens de faire la preuve de leur représentativité, une idée ne peut être considérée comme pertinente seulement en fonction du nombre de personnes qui la partagent. Ce test demandé aux opposants peut être vu comme une forme de piège susceptible de mener à une confrontation entre deux positions. Enfin, même quand une majorité de gens dans une communauté appuie un projet, l’acceptabilité sociale n’est pas nécessairement présente, tout dépend des impacts éventuels du point de vue de la fraction opposée de la communauté. L’objectif idéal serait de viser l’unanimité.

Quant à la question de la légitimité des groupes, exclure un groupe doit être justifié très clairement pour tous les acteurs et ce, dans la perspective où il ne paraît aucunement judicieux d’opposer les groupes les uns par rapport aux autres.

Qualifier un discours d’émotif sert à disqualifier celui-ci.

Les promoteurs disposent généralement de ressources financières qui leur permettent d’engager des consultants afin de les aider à préparer leur présentation devant une instance consultative ou décisionnelle, ce que les citoyens n’ont pas. ces derniers peuvent ainsi laisser voir certaines émotions, c’est un élément d’information dont tous les décideurs devraient tenir compte puisque ça mesure jusqu’à quel point les citoyens sont décidés à aller pour faire valoir leur position.

Batellier et Maillé soulignent que de conflits entre citoyens et promoteurs ont pu naître certaines réformes qui ont eu des retombées positives pour la société dans son ensemble. Certaines institutions ont pu être mises en place après des conflits.

En conclusion

C’est la fin du « business as usual », certains promoteurs pourront continuer à s’essayer, mais ils vont se heurter à de la résistance. Quant aux élus, ils doivent être imputables au regard de l’acceptabilité sociale d’un projet.

C’est aux autorités que devraient appartenir la responsabilité de l’acceptabilité sociale d’un projet et non aux citoyens de démontrer qu’un projet n’est pas acceptable. Il est certain que c’est exigeant de travailler sur un « OUI ». Mais c’est sans doute préférable que d’être obligé de mettre en place des processus de guérison quand des projets ont été implantés dans un milieu sans vraiment tenir compte de ce facteur majeur. Des processus qui n’empêchent pas certains des acteurs sociaux puissent s’engager dans la voie de la judiciarisation, ou, à défaut de disposer des ressources à cette fin, d’en amener quelques uns vers la désobéissance civile. Le rôle des élus devrait être balisé dans cette perspective en vue d’éviter tout conflit d’intérêt.

Enfin, Batellier et Maillé rappellent l’importance d’une démarche de concertation dans tout ce qui a trait à l’implantation d’un projet dans une communauté et ce, quel que soit la taille du projet. L’expression citoyenne devrait être mieux soutenue.

 

 

 

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