Le paradoxe du sens des responsabilités de monsieur Charest et la prochaine campagne électorale

Le Parti libéral du Québec se lance maintenant dans une campagne publicitaire qui fait valoir que Jean Charest a choisi, selon lui, la responsabilité alors que madame Marois aurait préféré, pour sa part, la popularité. Pourtant, l’un n’exclut pas l’autre, à ce que je sache…

Clairement, monsieur Charest fait référence ici au conflit étudiant qui n’est pas réglé et qui est devenu une crise sociale après l’adoption de la loi 78, les manifestations se succédant à Montréal et ailleurs en province, on entend aussi, un peu partout, les casseroles.

Les citoyens continuent à se faire entendre soir après soir, à manifester leur mécontentement à l’égard du gouvernement du Parti libéral du Québec.

Que cherche monsieur Charest en se réclamant de la responsabilité? sans doute voudrait-il que l’on redevienne des citoyens obéissants. que l’on lui délègue à nouveau collectivement l’autorité en l’élisant lors d’élections qui seront vraisemblablement déclenchées, sans doute, en août prochain, en même temps que le retour des étudiants dans les établissements de formation où il y a eu grève. Mais, pour quelle raison lui abandonnerions-nous notre autonomie puisque l’on lui déléguerait l’autorité? et surtout, on peut se demander si son autorité devrait se maintenir dans les circonstances où de très nombreuses décisions prises par son gouvernement ont été grandement critiquées?

À mon point de vue, quand on se réclame du sens des responsabilités, c’est parce qu’on estime qu’on a choisi la bonne voie, qu’il n’est pas utile de modifier ses orientations. On peut donc en déduire que pour monsieur Charest, malgré un taux d’insatisfaction très élevé, autour de 70 % depuis plusieurs mois déjà, le gouvernement a fait les bons choix, puisqu’il s’est montré responsable. Ça semble pour le moins paradoxal.

Monsieur Charest, en faisant valoir son sens des responsabilités, ne propose pas de projet de société, si ce n’est celui qu’on a vu se développer sous nos yeux, avec le dossier des ressources naturelles, notamment, mais aussi celui de la lutte à la collusion dans l’industrie de la construction. Rappelons à ce sujet que ça a pris plus de deux ans avant qu’une commission d’enquête soit constituée.

Le paradoxe me semble étonnant, poursuivre dans la voie choisie, c’est comme proclamer que l’on est incapable d’entendre les Québécois qui veulent autre chose, plus de transparence, plus d’équité, une lutte plus efficace à la croissance des inégalités, par exemple. Si monsieur Charest entend mener sa prochaine campagne électorale à partir de son sens des responsabilités, ça semble pour le moins étonnant.

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1 réponse

  1. Jean Carette dit :

    Chère Madame Moreau, d’abord merci pour vos textes si pertinents et qui aident leur lecteur à s’y retrouver.

    Je crois que la stratégie gouvernementale est désormais toute orientée vers la sécurité et le maintien du statu quo. Le gouvernement n’est plus dirigeant – celui qui montre la direction – mais d’abord dominant, d’où la police odieuse, d’où la loi scélérate 78, d’où cette campagne électorale larvée qui manie la peur et s’adresse aux catégories de la population qui craignant le pire, préfèrent la protection et le conservatisme au changement.

    L’histoire nous apprend que c’est souvent sur des restaurations de l’ordre que débouchent les mouvements révolutionnaires. Pensons-y: Harper vient de rencontrer Charest. Tel est le pari politique qu’il s’agit de faire mentir.
    Gaston Miron:

    Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver
    Nous entrerons là où nous sommes déjà
    Ça ne pourra pas car il n’est pas question
    De laisser tomber notre espérance.

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