Leader ou parasite?

Elle participait aux actions d’un groupe de citoyens retraités. Elle en est venue à comprendre que l’une des membres de ce groupe voulait absolument jouer le rôle de leader et ne tolérait pas les personnes susceptibles de prendre une distance critique par rapport à ses orientations politiques. Elle pouvait essayer de mettre à l’écart ces personnes.

Celle qui voulait assumer le leadership du groupe l’était-elle réellement? Elle ne le croyait pas vraiment. C’était vrai que cette dernière avait la ténacité nécessaire pour rejoindre des gens provenant de bien des sphères de la société, mais est-ce suffisant pour se voir comme un leader? C’était aussi vrai qu’elle avait un discours enflammé quand elle parlait des sujets qui l’intéressaient. Dans ce sens, certains la voyaient comme une bonne « vendeuse ». Toutefois, son discours était touffu, semblait bien souvent tirer à hue et à dia. Il s’avérait parfois fort difficile de saisir le raisonnement qui l’amenait vers là et les voies à prendre pour arriver à l’objectif visé.

Elle avait une personnalité extravertie et prenait beaucoup de place, tant dans les discussions préparatoires aux actions, que pendant des rencontres publiques au cours desquels des experts avaient pu être invités à s’exprimer. Elle n’hésitait pas non plus à contacter, de façon fréquente et publique, des personnalités politiques afin de solliciter leur appui à ses projets, ce qui pouvait ressembler à du lobbysme. Elle succombait aussi à la tentation de prendre publiquement le crédit d’une action sans reconnaître à sa pleine valeur, le mérite de chacun des membres du groupe.

Le leader d’un groupe, surtout un groupe constitué de bénévoles, devrait pouvoir proposer une vision cohérente, articulée, rassembler les personnes nécessaires pour mener à terme l’action envisagée, mais également, être en mesure de reconnaître publiquement les contributions des autres. Quand cela n’est pas fait, elle estimait que celle-ci s’accaparait, en quelque sorte, le mérite des autres. Dans ce sens, le membre de ce groupe citoyens semblait agir plutôt comme un parasite que comme leader.

Elle pouvait se dire, en conclusion, que ses attentes d’une meilleure collaboration, d’une collaboration plus transparente, plus égalitaire, sans jeu de pouvoir, après avoir quitté le marché du travail pour se lancer dans l’action bénévole apparaissait comme un leurre. La nature humaine reste ce qu’elle est, à chaque moment de la vie, les ambitions de pouvoir demeurent après avoir fait une carrière bien remplie. Elle se dit qu’elle avait manifesté une certaine naïveté en croyant que les choses changeraient à la retraite. Mais non, ce n’est pas le cas. Le bénévolat ne suppose pas, comme le marché du travail, une structure formelle de relations entre les personnes, mais on le sait tous, la structure informelle de pouvoir est, dans la plupart des cas, la chose la plus importante, aussi bien dans des grosses organisations que dans le bénévolat.

 

 

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