Les ateliers de retraite citoyenne

Depuis quelques années et à la faveur de l’accession progressive à la préretraite et à la retraite d’une première vague de jeunes aînés baby-boomers, de plus en plus nombreux sont les aînés qui souhaitent investir leur temps et leur énergie, leurs talents et leur expérience au service de leurs diverses communautés de vie.

C’est ainsi qu’à côté d’une retraite principalement consacrée au «repos bien mérité», aux loisirs et à la consommation de biens et services, une place de plus en plus grande est faite par les aînés eux-mêmes à une retraite citoyenne. Jusqu’ici la notion de citoyenneté et de son plein exercice renvoie la plupart du temps à l’engagement politique traditionnel, le plus souvent légitimé et sanctionné par le processus électoral. Nous souhaitons plutôt en élargir sensiblement la définition en prenant en compte les divers acteurs impliqués dans ce qu’on appelle la société civile avec pour objectifs principaux :


  • De participer aux décisions collectives qui les concernent, mais aussi à celles qui engagent le sort des générations plus jeunes,
  • De débattre des grands enjeux liés au développement communautaire et à la qualité de vie individuelle et collective,
  • De défendre et promouvoir les droits des aînés, mais aussi l’ensemble des droits humains,
  • De combattre les inégalités,
  • De lutter contre les diverses formes de discrimination (racisme, sexisme, âgisme, etc.),
  • D’élaborer des alternatives communautaires, sociales et sociétales.
  •  
    Mais, si les bonnes volontés sont de plus en plus nombreuses à se manifester, si le temps disponible est à la mesure de l’allongement croissant de la période de retraite, ce sont les outils qui manquent, en particulier en termes de formation aux exigences, aux conditions et aux moyens de l’action collective et citoyenne. Si la volonté d’agir est forte, l’apprentissage du «Comment faire» fait défaut. Il existe des cours de préparation à la retraite, ou des enseignements plus ou moins adaptés proposés aux aînés dans les universités du 3ème âge. Mais à notre connaissance, il n’existe aucun outil de formation spécifiquement consacré à la retraite citoyenne.

    L’OBJECTIF DES ATELIERS DE RETRAITE CITOYENNE est donc de regrouper des aînés (entre 12 et 20) en vue de les initier aux exigences et moyens d’une retraite citoyenne au sein de leurs milieux et communautés d’appartenance. En 6 à 8 séances de 3 heures, les aînés s’initient ou se perfectionnent dans la connaissance de leurs quartiers, villes ou régions et de leurs ressources, dans la compréhension de leurs droits et responsabilités citoyennes et dans la mise à l’action collective efficace.

    Initiés par ESPACES 50+ à Anjou Saint-Léonard et à Baie d’Urfé dans le cadre de l’Université du Troisième Âge de Sherbrooke , ces ateliers ont surtout été expérimentés à Laval en 2009-2010 grâce à une subvention du Ministère de la Famille et des Aînés. Ils ont entraîné la rédaction et l’édition des LIVRES DE BORD DE LA RETRAITE CITOYENNE, à l’usage des aînés participants. Ces Livres de bord sont conçus comme des outils pour l’action collective des aînés sur leurs conditions de vie et celles de leurs communautés d’appartenance et en vue de permettre ou faciliter des changements positifs.

    Ce sont les aînés eux-mêmes qui ont conçu et produit ces Livres de bord, en fonction de leurs besoins, de leurs questionnements et de leurs propres talents d’aînés et de leurs expériences d’acteurs sociaux, mais aussi de leurs diverses expertises. Il s’agit bien en effet d’apprendre en partageant et en confrontant des questions et des points de vue, en échangeant des savoirs, en transmettant des expériences concrètes et des expertises pratiques, en recherchant ensemble les meilleurs moyens pédagogiques pour les communiquer et les diffuser.

    Les thèmes traités sont les suivants :


    Une nouvelle perspective de retraite : être citoyenne et citoyen.
    Le portrait de mon quartier :
 les gens,
 leurs besoins,
 leurs espoirs,
 leurs talents,
 leurs bons coups.
    La vie municipale et urbaine : élus, administrations, institutions, enjeux.
    Les ressources : comment les connaître et les utiliser.
    Les acteurs sociaux et leurs réseaux ou mouvements.
    Les âges de la vie et leurs contacts à développer.
    La défense et la promotion des droits.

    Chaque thème est abordé sous forme : fiches de présentation et de documentation; exercices individuels d’intégration de contenus; schémas de discussions et débats en groupe; outils de référence pour consultation ou contact; appels à des réflexions et ajouts personnels; évaluations d’actions, services, programmes; pistes pour des suivis de développement.

    Comme on le voit, il ne s’agit ni de cours abstraits, ni de manuels gérontologiques. À travers l’élaboration et la mise en forme de ces Livres de bord de la retraite citoyenne, chaque aîné impliqué est à la fois élève et expert, apprenant et informateur, récepteur et diffuseur de savoirs.

    Une première subvention a été accordée en 2011 par le Ministère de la Famille et des Aînés pour l’extension des ateliers à Montréal et en Montérégie. Espérons que le Ministère nous renouvellera sa confiance en nous accordant en 2012 la subvention triennale nécessaire à l’extension des outils de retraite citoyenne dans 9 autres régions du Québec.

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    2 réponses

    1. Jean Carette dit :

      Merci, Claire Lagacé , de poser les bonnes questions, comme on définit de grands enjeux sociaux et culturels. Nous devons inventer de quoi assurer la transmission et notre maturité doit être elle-même réfléchie avant d’être socialisée. Les Ateliers de retraite active et citoyenne que j’ai conçus et animés me renforcent dans cette conviction année après année. Acceptez-vous de participer à cette recherche inventive ? Nous avons demandé une subvention pour aller en région et en particulier à Rimouski où nous avons quelques amis attentifs (comme Nadine Guilbert du programme MADA par exemple). Je serai heureux de faire le déplacement pour participer à ce développement chez vous.

      Bien cordialement.

    2. Les ateliers de retraite citoyenne sont une excellente initiative qui permettra aux retraités de trouver concrètement leur place dans la société actuelle. Mais je me questionne sur «le comment», nous les nouveaux retraités, qui les premiers, avons vécu la période de l’adolescence, et qui sommes à mettre au monde la maturescence nous allons concrètement utiliser ce supplément d’années de vie pour poursuivre notre développement comme être humain et tenter de faire de cette période une occasion de compléter notre maturité comme adulte pour ensuite accéder à l’apprentissage d’une certaine sagesse. Je crois que nous avons, en plus de rester vivants dans la société, la responsabilité de léguer aux générations qui nous suivent une nouvelle définition du vieillir qui actuellement se traduit plutôt par un déclin.

      Si la science arrive à repousser de plus en plus les limites de la mort, en quoi sur le plan humain cela nous permet-il de se développer comme être humain? La nouvelle manière créative dont nous assumons de notre propre vieillissement peut-elle déclencher chez nos enfants le goût de vieillir (autrement que par le camouflage du Botox) car ils y verront une source de développement accessible seulement avec l’âge?

      Je crois que nous avons la responsabilité de mettre des mots sur le nouveau phénomène social mais aussi sur cette nouvelle réalité existentielle.

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