Lune de miel

 
 

Lune de miel

François Cavanna
279 pages
François CavannaL’ancien patron de « Hara-Kiri » et de « Charlie Hebdo » raconte sa vie: son enfance d’immigré italien, la faim pendant le STO en Allemagne et une sale maladie qui, aujourd’hui, lui pourrit l’existence. C’est ainsi que débute la présentation de ce livre que j’ai lu avec une curiosité d’abord aiguisée par le titre et par l’envie de mieux connaitre le parcours d’une personne atteinte de la maladie de Parkinson. J’y découvre surtout la traversée d’un homme qui en a vécu de toutes les couleurs, mais je m’y attarde moins dans le cas présent. Ce qui me fascine c’est son extrême franchise et sa lucidité désarmante; il utilise des mots crus, des pensées souvent amères, un ton incisif… Il affiche ses états d’âme dès les premières pages : « J’ai quelque part tout au fond de moi, là où il n’y a pas de lumière, un paquet, une boule, un rat crevé, une merde, va savoir, quoi et qui, sans prévenir, me précipite dans un état… si je n’en suis pas crevé, c’était pour mieux en crever par petits paquets tout au long de ma vie. »

Ce que je tiens surtout à partager, ce sont des phrases-clés, des cris de souffrance, des instants de détresse d’un homme qui n’accepte pas facilement la compagnie d’une maladie Parkinson. En voici une petite idée : « Quatre-vingts. Quatre-vingts berges. La grande charnière. Et qu’est-ce qui me tombe sur la gueule? Mademoiselle Parkinson. La fée Carabosse l’avait glissée dans mon berceau, bien planquée, avec mécanisme à retardement… À la vie, à la mort, je suis à miss Parkinson! »

Cet homme, pour qui l’écriture est sa passion vitale, est bien conscient que cette maladie vient saloper l’écrit, car la main n’obéit plus… Pour lui, « écrire est une colère, un transport, une conquête, une immensité… »

Comment croyez-vous qu’il perçoit cette étape de vie qu’est la vieillesse? C’est cette attitude-là qui me dérange et me chagrine. Pourtant, il n’est pas le seul à envisager ainsi cette étape, mais il a les mots tellement « criants » pour l’exprimer. Même s’il affirme qu’il ne rêve jamais en vieillard… c’est bien difficile de croire qu’il assume cette phase lorsqu’il ajoute ceci : le vieillard c’est l’anormal. L’abîmé. Le déjà plus là. Ailleurs, il parle du « club maudit des voyageurs en attente du dernier train. » Il avoue franchement que « cette vie n’est pas spécialement drôle, surtout ornée de toutes les infirmités. Souffrances, chagrins et désillusions de la vieillesse. » Malgré tout, il conserve une certaine sérénité et c’est sa passion pour les mots qui surpassent tous ses maux.

Cavanna crie sa haine et sa douleur et ça me rend davantage sensible à l’égard de cette affreuse maladie neurologique chronique dégénérative qui affecte le système nerveux et de tant d’autres maladies dégénératives «plus qu’insouhaitables » pour personne. LUNE DE MIEL. Pourquoi ce titre? Dans la maladie de Parkinson, il y a des phases que l’on nomme « lunes de miel » où la maladie s’estompe jusqu’à donner de l’espoir. Si j’étais magicienne, que je voudrais donc que s’allongent ces phases de lunes de miel pour Cavanna comme pour tant d’autres qui ont tant de mal à vivre une vieillesse lumineuse au dire de cet auteur que j’ai beaucoup aimé.

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