Passer du discours à la pratique…

pour le maintien en emploi des travailleurs expérimentés?

 
Le discours sur la pénurie de main-d’oeuvre y associe l’importance du maintien en emploi des travailleurs âgés. Tout indique que, d’ici 5 ans, les départs à la retraite ne seront plus compensés par l’arrivée de nouveaux travailleurs. Les organisations devront s’adapter afin d’attirer et conserver l’expertise développée par les têtes blanches, ce qui suppose les connaître, cerner leurs besoins particuliers et leur offrir des conditions attrayantes.

Il peut notamment être question de pratiques flexibles sur le plan des horaires et de l’organisation du travail (télétravail, travail à mi-temps, retraite progressive) et de reconnaissance du mentorat pour transmettre aux plus jeunes l’expertise développée tout au long de la carrière. De telles possibilités sont connues. Elles ne semblent toutefois pas être appliquées largement. Les stéréotypes et les préjugés sur les travailleurs vieillissants ont la vie dure et représentent une contrainte sérieuse au maintien en emploi de ces personnes.



Des actifs


Des travailleurs vieillissants sont, malgré leur âge, toujours intéressés à être actifs sur le marché du travail. Ces personnes, à l’instar de plusieurs autres, ont eu une carrière marquée par des succès et des défis importants. Elles détiennent des compétences et ont su s’adapter à un contexte changeant. Toutefois, elles sont rendues à une étape de leur vie où elles souhaitent être actives et contribuer au développement de la société québécoise d’une façon mieux adaptée à leurs besoins et à leurs particularités.

On peut se demander si les organisations sont réellement désireuses de s’adapter à cette nouvelle donne du marché du travail. Cela ne semble pas le cas si l’on se fie à une étude récente rendue publique en septembre 2010 par l’Institut de la statistique du Québec de même qu’à mon expérience et à celle de plusieurs personnes de ma connaissance. Les organisations vont devoir changer si elles entendent bénéficier de ce réservoir de main-d’oeuvre. Elles devront essayer de retenir les membres de la génération du baby boom afin de bénéficier de leur expertise et de leur expérience. Elles devront également tenir compte des objectifs de la génération «Y», pour qui le travail ne représente pas nécessairement la valeur suprême dans la vie. Il est maintenant commun d’entendre dire que les membres de ce groupe d’âges voudront mieux concilier travail, famille et vie personnelle.

Bénéfices sociaux


Les organisations ne seraient pas les seules à bénéficier du maintien en emploi des travailleurs vieillissants dans toutes les sphères d’activités et à tous les types de postes. Les travailleurs âgés bénéficieraient d’une autonomie financière plus grande et de la satisfaction de faire un travail utile, dans des conditions intéressantes pour eux, en maintenant leurs activités et en les adaptant à leur condition. Leur contribution au développement de la société québécoise se concrétiserait en y incluant leur point de vue particulier, pas nécessairement partagé par d’autres groupes, le développement ne se réalisant de façon optimale qu’en considérant les besoins de tous et en utilisant les compétences de tous.



Enfin, cette contribution particulière représenterait un facteur du maintien de la santé de ces personnes. Quant aux membres de la jeune génération, ils n’appréhenderaient sans doute pas avec autant d’anxiété les responsabilités de toutes sortes, y compris financières, à l’égard de leurs parents. On peut se demander si la société québécoise a les moyens de mettre ces compétences sur une tablette, alors que nous disposons maintenant, grâce aux nouvelles technologies, des outils nécessaires pour gérer le travail n’entrant pas dans le fonctionnement typique d’une organisation, de 9h à 17h, du lundi au vendredi. La preuve en a été faite, à cet égard, si on considère l’explosion du nombre de travailleurs atypiques depuis une vingtaine d’années.

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1 réponse

  1. Jean Carette Jean Carette dit :

    Merci, Madame Moreau, de cette excellente contribution à notre blogue. Sociologue du travail, je ne suis pas loin de penser que ce sont les travailleurs âgés eux-mêmes qui sont collectivement les mieux placés pour réagir contre les préjugés qui les frappent. je pense aussi que nous devrions réfléchir à de nouvelles formes de conciliation retraite-travail. merci encore de nous sensibiliser à cet enjeu social. À quand le prochain article ?

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