Prendre certaines décisions à la place d’une personne aidée : très loin d’être évident

Elle venait d’une famille conservatrice dont le père était très autoritaire. Toute sa vie, elle avait cherché un espace pour pouvoir être elle-même, ce qui était loin d’être évident, le contrôle familial portant sur à peu près tous les sujets, toutes les questions.

Elle avait été rebelle, à sa façon. Elle s’était exprimée à l’adolescence, mais avait compris qu’elle ne pouvait le faire, ses parents n’avaient pas d’écoute pour une voix comme celle qu’elle portait. Elle s’était donc tue au sein de sa famille, pendant de nombreuses années.

Elle avait trouvé de l’écoute ailleurs, dans les camarades à l’université, mais surtout avec des collègues de travail dont plusieurs étaient devenus des amis. Toute sa vie, elle avait fui les personnes autoritaires qui ne laissent pas de place aux autres. Elle avait essayé, dans la mesure du possible, de ne pas faire ça aux autres, imposer son point de vue.

Même dans la cinquantaine, ses parents avaient essayé de lui indiquer quelle était, à leur point de vue, la direction à suivre dans plusieurs domaines. Elle ne répondait rien, mais avait tendance à privilégier ses propres choix tout en n’affrontant pas ouvertement ses parents.

C’est probablement pour ça qu’alors qu’elle jouait le rôle d’aidante auprès de sa mère très âgée, elle éprouvait des difficultés importantes à prendre certaines décisions à la place de cette dernière.

Il lui paraissait très difficile de faire auprès de sa mère ce contre quoi elle s’était rebellée depuis le début de sa vie. C’était comme si la vie lui demandait de jouer un rôle de mère auprès de sa mère, un rôle de mère qui peut, à l’occasion, prendre une décision qui ne fait pas l’affaire de sa mère, mais qui lui semble plus opportun, compte tenu des circonstances.

Elle pensait que ça viendrait si sa mère, très âgée déjà, continuait à vivre, mais elle n’était pas persuadée que ça se ferait si facilement que ça. En effet, comment faire un tel chemin, très différent de celui de sa vie antérieure. Elle avait le sentiment qu’elle était devant l’obligation de « détricoter » une partie de sa vie. Prendre des décisions pour les autres alors que ça ne fait pas leur affaire ne semblait pas sympathique, mais quand il faut le faire, il faut le faire, il n’y a pas à tergiverser. Allait-elle être capable de se changer? Elle savait qu’elle devait essayer, adopter une telle attitude pour sa mère en perte d’autonomie, c’état tenir compte du fait que l’adulte, c’était elle et non plus sa mère.

 

 

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