Quel avenir pour le Vieux Québec : un scénario plausible?

Après avoir parcouru un très récent article du New York Times, intitulé « As France’s Towns Wither, Fears of a Decline in Frenchness », publié le 27 février dernier, et qui exposait le cas de la Ville d’Albi dans le Sud de la France, on se rend compte que la préservation du cœur historique d’une ville tient beaucoup de la volonté politique de ses élus et de l’appui de ses élites pour que celui-ci reste vivant.

Albi est une ville dont l’histoire remonte très loin dans le temps. Au XIIIème siècle, elle est devenue une cité épiscopale, de nombreux et riches bâtiments ont été construits dans cette ville par les différentes élites qui s’y sont établies tout au long des siècles. La Ville s’est développée de façon intéressante et vivante. Toutefois, depuis les dernières décennies, des politiques publiques adoptées par les autorités ont eu un impact important sur son cœur historique, un impact que le journaliste, Adam Nossiter, a bien décrit dans son article. Il a fait valoir que le quartier historique, privé de services de proximité essentiels, s’était vidé peu à peu de ses habitants, les rues semblant vides à monsieur Nossiter qui les parcourues pendant son séjour. La description très parlante qu’il fait de ce quartier, évoque un quartier en train de mourir.

Des questions se posent à l’égard du Vieux Québec et de son avenir. Comme Albi, qui s’est développé par des centres commerciaux et des restaurants de fast food en banlieue pour conserver son dynamisme économique, au détriment de son cœur historique, est-ce que le Vieux Québec n’est pas en train de vivre cela également? On peut craindre que la fermeture du Marché du Vieux Port pourra servir de catalyseur à cet égard. Celui-ci représente un atout indéniable pour le quartier du Vieux Québec. Ce lieu rassemble des services de proximité très importants pour les résidents du quartier, il est également fréquenté par un grand nombre de personnes de la Ville de Québec et par des résidents d’autres municipalités. Enfin, le Marché du Vieux Port est également un attrait touristique indéniable, les marchés sont fréquentés par les touristes dans toutes les villes du monde. Les touristes qui se rendent dans ce lieu souhaitent un contact avec des gens d’ici – c’est une des façons privilégiées de prendre contact avec le mode de vie des gens du pays ou de la région visitée.

La fermeture du Marché du Vieux prévue pour la fin de l’année 2018 ne sera pas sans conséquences.  On ne peut que faire des hypothèses à cet égard, des hypothèses qui s’avèrent cependant fort plausibles. Certains restaurants fermeraient leurs portes, n’ayant plus à proximité l’accès aux produits frais dont ils se servent, une très grande partie de l’année. Le quartier pourrait également perdre des résidents, ceux-ci souhaitant vraisemblablement avoir un accès plus facile à des services de proximité diversifiés, ce dont ils ne pourraient plus bénéficier. Cela pourrait risquer d’inverser la situation qui paraît commencer à s’améliorer, selon les indications fournies par les professeurs Berthold et Aubin, du département de géographie et membres du Programme de recherche sur les quartiers centraux, à partir des données de recensement 2016, le quartier du Vieux Port continue à attirer des résidents, la population y ayant augmenté de 5% entre 2011 et 2016, mais sans services de proximité, qu’en serait-il réellement? Quant aux touristes, généralement attirés par des quartiers vivants, qu’en serait-il si le quartier, en voie de dévitalisation, se « désertifiait »? Est-ce que le Vieux Québec ne serait pas appelé à vivre une situation analogue? C’est à craindre sérieusement.

En un mot, le quartier pourrait être appelé à changer d’allure et, peu à peu, se transformer à l’image de ce que Adam Nossiter décrit dans son article portant sur Albi. Si cela arrivait, il est clair qu’il faudrait blâmer les décideurs qui ne se sont pas préoccupés de la vitalité du quartier, vitalité qui ne peut être réelle sans que des résidents y vivent sur une base permanente, pas des spéculateurs qui achètent des bâtiments pour les louer grâce à des sites comme Airbnb.

Pour contrer ce mouvement que certains observent déjà sur le terrain, il faut donner aux habitants du quartier et à ceux qui pourraient souhaiter s’y établir les conditions nécessaires pour ce faire, ce qui suppose, entre autres, services de proximité et logement à des prix raisonnables, que la classe moyenne est en mesure d’assumer de même que des parcs et une couverture végétale satisfaisante. L’objectif visé étant de garder le Vieux Québec et le Vieux Port vivants pour que le trésor historique que les générations précédentes nous ont légué continuent de vivre et d’attirer l’intérêt de tous.

 

 

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