Sommes-nous tous égaux face à la politique?

Le 18 octobre a eu lieu, à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, une conférence de monsieur Dormagen, professeur de science politique à l’Université de Montpellier, dans le Sud de la France. La thématique apparaissait vraiment pertinente, dans une ère où il est question de toutes sortes de formes d’inégalité.

Pour ce spécialiste, nos sociétés sont traversées par de profondes inégalités politiques. Ses travaux tournent autour de cette thématique. Il explicite son point de vue à partir d’éléments très concrets. Ainsi, il évoque le fait que parler politique n’est pas quelque chose que tous les groupes sociaux font également, il en est de même du vote, un élément fondateur de notre système démocratique.

Soulignons que parler politique, c’est un échange d’information, cela améliore les connaissances de chacun et participe de l’influence exercée. D’après certaines études réalisées, les diplômés universitaires ont cinq fois plus de chances de parler politique alors que les non-diplômés n’en parlent pas, même en famille. Monsieur Dormagen rappelle que parler politique, ça se réalise également en ligne, à travers certains réseaux sociaux, dont Twitter. Là aussi, les chances de s’exprimer sur ce réseau sont très inégales. Ainsi, les ouvriers représentent 16% de la société française mais ne font que 1% des tweets; quant aux cadres (ceux qui ont une formation universitaire, notamment), sont 8% de la population et 40% des tweets.

Monsieur Dormagen précise que tenir un blogue est également un moyen de parler politique, les trois quarts des blogueurs seraient de niveau maîtrise et qu’il n’y aurait pas d’ouvrier qui en tiendrait, sauf certaines personnes autodidactes et souvent très proches des milieux syndicaux. Un tiers de blogueurs politiques seraient des personnes ayant passé par les grandes écoles françaises. Il y voit là un effet de sélection politique.

La participation électorale serait aussi marquée par des inégalités sociales fortes. Il en serait de même du vote. Les travaux de monsieur Dormagen ont permis de déceler une relation forte entre la position sociale et le risque qu’une personne exerce son droit de vote. Il indique même qu’il y a un écart de 1 à 3, soit qu’il y a 3 fois plus de risques de ne pas voter pour un ouvrier que pour un cadre. Il a brossé un tableau succinct des catégories qui votent le plus, ce serait une femme de 50 à 54 ans, ayant un diplôme de niveau maîtrise, qu’elle vit en couple, sans enfant. Ceux qui voteraient le moins seraient des ouvriers, de 25 à 29 ans, qui seraient célibataires, monoparental, qui ne seraient pas immigré.

Lors des dernières élections législatives françaises, en juin dernier, les ouvriers auraient eu 90% de chances d’abstention, la possibilité d’abstention aux présidentielles de mai dernier, aurait été de 61%.

Ces inégalités dans l’expression du vote est susceptible d’influencer profondément les résultats électoraux. D’après ce que monsieur Dormagen a pu observer, ces tendances se seraient aggravées depuis 15 ans. Il évoque le fait que ce serait multiplié par deux.

Un des facteurs susceptibles d’expliquer ce portrait serait lié à la politisation des groupes sociaux. Toutefois, pour s’engager dans un tel sens, il convient d’avoir développé des compétences, celles-ci étant à l’origine de l’intérêt des gens pour s’exprimer politiquement. Il en déduit que les inégalités de politisation sans doute très précoces, une étude d’une jeune lors de ses travaux de maîtrise (je crois) a permis d’observer que cela a pu être observé aussi jeune que 8 ou 9 ans, chez des enfants fréquentant des écoles plus favorisés. Monsieur Dormagen estime que ces enfants portent déjà une étiquette politique, sans même le savoir.

Doit-on en conclure que tous les mécanismes sociaux vont dans le même sens, soit celui du maintien du statu quo?

Pour monsieur Dormagen, la démocratie réelle paraît fort éloignée de ses principes d’origine.

 

 

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