Un défi pour notre temps: concilier les droits collectifs et les droits individuels

Le conflit étudiant du printemps dernier soulève le débat de la conciliation des droits collectifs et des droits individuels. Les responsables des associations étudiantes ont tenu des assemblées générales où des votes de grève ont été pris. De tels votes ont été respectés par la classe politique depuis de nombreuses années. Cependant, les choses ont changé au printemps. Certains étudiants ont demandé et obtenu des injonctions pour leur permettre d’avoir accès à leurs cours.

Cette judiciarisation du conflit étudiant se fonde sur le fait que le droit de grève des étudiants n’est pas encadré par une loi. Les associations étudiantes souhaiteraient sans doute maintenant que ce le soit. Une telle possibilité pourrait faire l’objet de discussions publiques lors du Sommet sur l’enseignement supérieur qui doit se dérouler en février 2013.

Les associations étudiantes existent pour faire valoir le point de vue de leurs membres auprès des directions d’établissement et, ultimement, auprès du Gouvernement du Québec. Les associations ont utilisé, historiquement, ce moyen lorsqu’elles avaient essayé de faire comprendre le point de vue étudiant par les autres moyens disponibles, et ce, sans aucun succès. En effet, qui peut être réellement intéressé à faire grève, s’il s’avère possible d’obtenir satisfaction à sa demande autrement; la grève étant un moyen d’action lourd pour lequel il y a intérêt à avoir l’opinion publique de son côté. C’est loin d’être évident dans tous les cas.

La démocratie étudiante est remise en question par plusieurs qui en évoquent plusieurs caractéristiques telles des assemblées générales qui regrouperaient une minorité de membres, des procédures longues et laborieuses qui s’étendraient trop longtemps, des votes à main levée qui seraient des occasions d’intimidation de certains, etc. la démocratie étudiante n’est pas parfaite, elle pourrait sûrement être améliorée. Cependant, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas parfaite qu’il faut pour autant penser à la limiter, les autres mécanismes de représentation de notre société ont également des lacunes – à titre d’exemple, malgré des révélations plus qu’inquiétantes sur le fonctionnement de la Ville de Montréal, lors de la dernière élection partielle, le taux de participation a été de 20% selon les médias, la légitimité de la personne élue à cette occasion n’étant pas nécessairement questionnée.

La question posée par la grève étudiante me paraît en lien avec la priorité, voire l’exclusivité que certains accordaient, au printemps 2012, aux droits individuels des, Reagan aux États-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne, croyaient, c’est-à-dire que le collectif n’existe pas, il n’y a que des individus.

Pourtant, il est de plus en plus demandé à ce que le système démocratique, peu importe le palier, ne fonctionne pas seulement au moment de se choisir des représentants, mais aussi pour tout ce qui a trait aux choix à faire entre deux élections.

Reconnaître le droit de grève aux associations étudiantes, un droit dont l’exercice serait associé à un fonctionnement démocratique au sein de cette instance, serait reconnaître que le collectif existe. Ce serait également un freiner à un judiciarisation qui n’a finalement rien résolu, les associations étudiantes ayant placé leurs revendications sur un plan politique.

Je voudrais rappeler que la reconnaissance de droits collectifs a mené, dans plusieurs secteurs de la vie sociale, à des progrès indéniables tant pour les individus que pour les communautés.

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