Un « grand talent »!

Ses activités citoyennes l’avaient amenée à croiser toutes sortes de gens.

Comme elle était retraitée, elle s’attendait à ce que les personnes qui participent à de telles activités manifestent une certaine confiance en soi, ce qui était tout à fait le cas, pour chacune d’entre elles.

Toutefois, elle avait rencontré une personne qui était visiblement un « grand talent », formée en droit pendant qu’elle travaillait à titre de secrétaire, elle avait travaillé dans ce domaine pendant plusieurs décennies. Sa carrière s’était déroulée entièrement dans le secteur privée. Elle semblait croire cependant que le travail de secrétariat dans un bureau d’architectes lui permettait de comprendre tous les tenants et aboutissants de la profession d’architecte. Elle avait aussi pour son dire que le fait d’avoir passé sa vie active dans le secteur privé lui permettait de comprendre les subtilités du monde des affaires.

Cependant, cette personne n’était pas consciente de la très grande place du secteur public dans le développement économique du Québec. Elle ne se rendait pas compte que la très grande majorité des gens qui veulent se lancer en affaires, qui veulent démarrer de nouveaux projets peuvent frapper à la porte d’un ministère et que des programmes – il y en a un très grand nombre – sont disponibles pour ce type de développement économique. Aucune entreprise ne se priverait d’y avoir accès d’ailleurs, des plus grandes aux plus petites. Mais ça, elle était loin d’en paraître consciente.

Pour elle, être du privé, c’était se débrouiller seule. Elle était très fière de dire qu’elle n’avait jamais demandé quelque chose à qui que ce soit. Il ne lui était pas venu à l’esprit que pour les entreprises, ce n’était pas nécessairement la même chose. Dans une telle perspective, elle avait trouvé fort crédible le discours d’un promoteur qui vantait le fait de ne pas avoir recouru aux fonds publics, tout en oubliant que celui-ci présentait, à ce moment, un avant-projet et que cela pourrait vraiment être transformé à la suite des tractations de ce dernier avec la Ville. Elle paraissait ne pas voir que l’inclusion de logements abordables (environ 10% du projet) représentait peut-être un élément de négociation qui pourrait être abandonné si ce promoteur évaluait sa rentabilité insuffisante. C’était déjà arrivé pour un projet réalisé à proximité.

Ce grand talent manquait de modestie, une qualité importante pour bien saisir la nature et l’ampleur de nos compétences, nul ne peut vraiment maîtriser autant de domaines diversifiés.

Ce grand talent avait donc accepté le discours du promoteur sans vouloir prendre une distance critique par rapport à celui-ci parce qu’il semblait en cohérence avec ses valeurs personnelles. Elle avait été particulièrement étonnée quand cela lui a été souligné. Sa réaction a été d’en être blessée, comme si la personne qui avait réagi en lui faisant remarquer qu’il ne fallait pas donner le « bon dieu sans confession » à ce promoteur, avait sous-estimée ses capacités. Cela n’était pas le cas. Cette dernière s’est toutefois rendue compte qu’elle venait de se heurter aux limites personnelles de ce grand talent pour qui il est essentiel de se débrouiller sans l’appui du secteur public. Ce grand talent paraissait sous-évaluer le flair politique de son interlocutrice.

 

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1 réponse

  1. Nicole Moreau dit :

    on m’a dit que ce cas ressemblait à l’effet Dunning-Kruger qui est un biais cognitif selon lequel les moins qualifiés surestiment leur compétence. ces chercheurs attribuent cela à une difficulté métacognitive des personnes non qualifiées qui les empêche de reconnaître objectivement leur incompétence et d’évaluer leurs réelles capacités.

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