Un urbanisme durable à Québec? Un discours ou une réalité?

La récente prise de position du maire Labeaume quant au déménagement du Marché du Vieux Port vers Expo Cité soulève la question de l’urbanisme durable à Québec, qui est lié au développement durable, lui-même s’appuyant sur l’équité sociale, la qualité environnementale, la préservation des ressources et du patrimoine ainsi que de la cohérence des territoires.

Selon des professionnels du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT), dans un document rendu public en 2012 et intitulé « L’urbanisme durable. Enjeux, pratiques et outils d’intervention », l’urbanisme durable concourt à la consolidation des milieux urbains et à l’émergence d’ensembles urbains conformes aux principes de collectivités viables. Ces principes sont, entre autres, les suivants : orienter le développement de façon à consolider les communautés, offrir une mixité des fonctions en regroupant différentes fonctions urbaines, développer le caractère distinctif et le sentiment d’appartenance des communautés, créer des unités de voisinage propice au transport actif, encourager la participation des citoyens au processus de prise de décision.

Dans une ère où les spécialistes reconnus mondialement comme les membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) alertent tous les gouvernements sur le caractère essentiel de la lutte aux changements climatiques et sur l’importance de diminuer l’émission des gaz à effets de serre (GES), il est essentiel que les interventions d’aménagement du territoire permettent d’orienter le développement urbain de manière à accroître les possibilités pour un plus grand nombre de personnes, de réaliser des déplacements moins longs, moins nombreux et moins polluants.

De façon générale, on peut dire que les gens privilégient, pour s’y établir des quartiers comprenant des services de proximité et des voies de circulation propices à la marche. Selon le document du MAMROT, avec une baisse de la distance parcourue en automobile de 30%, les émissions de GES dues au transport, pourraient baisser de 7 à 10%.

Le développement et l’aménagement du territoire, quel qu’il soit, doit composer avec l’enjeu de l’acceptabilité sociale des projets ou des interventions publiques, succinctement, cela suppose l’intégration harmonieuse d’un projet, programme ou politique à un moment donné dans son milieu naturel et humain. Un urbanisme durable s’entend d’un urbanisme qui, notamment, développe le caractère distinctif et le sentiment d’appartenance de la communauté, qui encourage la participation des citoyens au processus de prise de décision.

De ces quelques lignes d’explication sur ce qu’est un urbanisme durable d’après des experts neutres, la décision de déménagement du Marché du Vieux Port ne peut qu’amener à se poser de nombreuses questions dont les suivantes :

  • Le Marché du Vieux Port comprend des commerces importants pour les citoyens des quartiers avoisinants, celui du Vieux Port comme tel de même que celui du Vieux Québec, quel seront les impacts sur la vie de quartier, sera-t-elle toujours possible? Les citoyens qui y demeurent à l’heure actuelle, voudront-ils y rester dans une telle perspective?
  • Au-delà du côté pratique de ces commerces de proximité réunis au Marché du Vieux, ce dernier ne représente-t-il un symbole fort de l’histoire du centre-ville? Une telle décision de l’autorité municipale ferait disparaître un symbole qui concourt au sentiment d’appartenance de ses résidents?
  • La décision du déménagement du Marché du Vieux Port ne semble pas, si on en juge par les réactions venant aussi bien des comités de citoyens que des marchands ou des restaurateurs, rencontrer un haut degré d’acceptabilité sociale, on ne peut parler dans ce cas là d’intégration harmonieuse d’une décision dans son milieu de vie naturel et humain, il me semble;
  • Est-ce que les résidents de ces quartiers ne seront pas tous obligés d’aller faire l’ensemble de leurs courses en automobile? Est-ce qu’une telle nécessité n’irait pas à l’encontre d’un impératif de plus en plus connu, celui de la diminution des GES émis, entre autres, par les automobiles?
  • Enfin, est-ce que cette décision ne pourrait pas avoir un impact négatif sur le tourisme? Il me semble peu vraisemblable de croire que les touristes qui débarquent à Québec prendront une navette pour aller à Expo Cité afin d’aller au marché qui y serait établi.

Si on considère tout cela, cette décision de déménagement du Marché du Vieux Port paraît incompréhensible pour l’instant et ne semble que semer de la confusion de même que de l’inquiétude chez bien des gens.

Est-ce vraiment ça le rôle de la Ville, inquiéter des citoyens, des commerçants? Je ne le crois pas. Mais, comme je ne suis qu’une citoyenne ordinaire de la Ville de Québec, je ne dispose probablement pas de toutes les informations nécessaires pour comprendre vraiment les tenants et les aboutissants de cette histoire.

Il ne faudrait cependant pas oublier qu’un des éléments importants de l’urbanisme durable, c’est d’associer les citoyens à toutes les étapes du processus de décision et cette fois là, ce ne me semble vraiment pas le cas. On ne peut que se demander pour quelle raison?

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