Une groupie de soixante ans, ça existe!

Elle avait été étonnée de découvrir, parmi les gens avec qui elle faisait de l’action citoyenne, quelqu’un qu’elle voyait comme une groupie;

Pour elle, une groupie, c’était quelqu’un qui admire sans aucune réserve une autre personne, pour ses idées, mais surtout pour ses œuvres, notamment artistiques ou scientifiques, des œuvres qui comportaient un élément de création;

Dans ce sens, elle avait toujours vu une groupie comme une personne jeune, très jeune qui découvre la vie, sa richesse et sa complexité et qui perçoit la personne admirée comme une autorité à qui se référer, une personne souvent fort différente de son milieu d’origine;

Avec le passage du temps et l’expérience qui s’accumule, les jeunes groupies peuvent sans doute prendre une certaine distance par rapport à l’objet de leur admiration;

Cependant, quand c’est une personne vieillissante qui semble adopter un comportement de groupie à l’égard d’un membre du groupe des citoyens avec qui elle collabore, cela paraît pour le moins étonnant;

À la soixantaine, elle ne s’était jamais imaginée rencontrer une groupie, mais, après avoir éprouvé un malaise certain au sujet des réactions de cette personne à l’égard de celle qui se voyait comme le leader du groupe – un groupe bénévole, est-il utile de le préciser – et qui pouvait amener bien des idées sur différents sujets, mais les idées de cette personne ne paraissaient pas toutes pertinentes et certaines n’avaient l’air que de l’appropriation d’idées en vogue, à titre d’exemple, l’importance croissante du numérique dans la vie de chacun;

La personne qui assumait une position de groupie ne remettait en question aucune des idées soumises par celle qui voulait jouer un rôle de leader;

Était-ce par admiration ou parce que c’était sa façon de traiter avec quelqu’un qui prenait beaucoup de place au sein d’un groupe? Il est difficile de le savoir quand on ne connaît pas intimement une autre personne, mais sa façon de communiquer lors de rencontres lui laissait croire que c’était tout simplement par une admiration sans borne pour la personne qui se voulait un leader;

Cette absence de distance critique la laissait pantoise, elle n’avait pas vu une telle façon d’interagir depuis très longtemps et s’interrogeait à ce sujet; elle qui était continuellement dans le questionnement aussi bien à l’égard des préoccupations sociales ou politiques, qu’à l’égard des personnes ou de leur action, elle n’avait jamais, même au temps de son adolescence, été une groupie pour sa part;

C’est sans doute cette grande différence entre elle et la groupie qui explique l’étonnement, la surprise;

Il est vrai que la personne admirée par la groupie détenait certaines compétences, dont un réseau étendu de connaissances, des habiletés dans l’organisation d’événements;

Cependant, il était clair pour elle qui réfléchissait à son action citoyenne et aux membres du groupe au sein duquel elle pouvait intervenir, que chaque idée devait être examinée et discutée pour se être en mesure d’en cerner non seulement la pertinence, mais également, l’opportunité d’action, un groupe constitué de bénévoles ayant un pouvoir d’intervention plutôt limité;

Est-ce que la groupie voyait ça? Elle en doutait très sérieusement;

Elle en a déduit que peu importe l’âge des membres d’un groupe ou l’expérience accumulée, la dynamique entre les personnes reste la même, ce qui soulève la question de l’apprentissage : est-il possible d’apprendre suffisamment tout au long de la vie pour changer vraiment?

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