Une vie de femme tragique

Elle était née à la campagne avant 1920, dans une famille québécoise nombreuse;

Sa mère est décédée alors qu’elle n’avait pas encore vingt ans;

Comme elle était la « plus vieille » des filles, elle avait dû prendre en charge le soin de la maison, les tâches familiales et l’éducation de ses frères;

 

Elle était arrivée à Québec pendant la deuxième guerre mondiale et avait travaillé comme ouvrière dans une usine de munitions qu’elle appelait l’arsenal;

Après la guerre, comme beaucoup de femmes, elle a perdu son emploi;

Elle a travaillé comme secrétaire d’un professionnel, comme beaucoup de filles, elle avait certaines facilités en français;

Elle entrait facilement en contact avec les clients de cet employeur;

Son salaire lui permettait de vivre, mais elle ne pouvait pas se payer de luxe;

En dépit de ces conditions de vie précaires, elle avait été autonome toute sa vie;

 

Elle avait rencontré un homme avec qui elle avait conçu deux enfants;

C’était toutefois le tout début des années cinquante, elle a dû les confier à l’adoption;

Elle n’en avait jamais parlé à qui que ce soit;

 

dans les dernières années de sa ve, elle a été amenée à dévoiler son secret à une femme qui, par hasard, l’avait accompagné à l’hôpital;

Le médecin qui l’examinait lui avait posé la question sur les enfants, elle a dû y répondre;

À l’urgence, l’intimité des patients n’est protégée que par un tissu mobile, l’accompagnatrice avait entendu la confidence;

L’accompagnatrice ne pouvait faire semblant de n’avoir rien entendu et avait posé la question sur l’homme et sur les enfants;

 

Cette femme n’avait pas fait de démarche pour connaître ses enfants;

Ces naissances avaient bouleversé sa vie;

Elle avait fait promettre à l’accompagnatrice qui éprouvait beaucoup de compassion pour elle de n’en parler à qui que ce soit; elle avait encore peur du jugement d’autrui sur son passé;

 

Même à quelques jours de sa mort, cette femme ne voulait pas parler à nouveau de ses enfants;

Visiblement, la plaie était encore très vive, l’accompagnatrice n’a pas insisté, devoir abandonner ses enfants était pour cette dernière une tragédie avec laquelle elle n’aurait pas été capable de vivre;

Malgré cette tragédie, cette femme pouvait être vue par certains comme un Roger-bontemps avec toutes les qualités que cela suppose;

 

Cela apparaît comme la représentation d’un courage certain!

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