Variations autour du conformisme

Malgré son âge, elle était à la retraite depuis un certain temps déjà, elle n’avait pas réalisé que le conformisme peut prendre différents visages.

Elle avait bien connu, dans sa famille d’origine, le conformisme social, ses deux parents en étaient des exemples frappants. De son point de vue, le conformisme était une caractéristique de gens qui souhaitent tellement prendre en compte les normes et règles sociales que cela risque d’affecter leurs relations avec les autres.

La communication des conformistes avec les autres ne se traduit qu’en fonction des règles sociales et ce, dans certains cas à tel point qu’il apparaît difficile de connaître la véritable personne au-delà des règles sociales, créant ainsi l’impression étrange que cette personne peut même ne pas exister.

Une amie lui avait même dit que pour que la vraie personne vive, elle doit aller au-delà de ces règles sociales, c’est une des conditions pour que les gens « grandissent », c’est aussi une des conditions pour établir de véritables liens d’intimité, qu’il s’agisse d’amitié ou d’amour.

Ce conformisme social n’est pas la seule forme de conformisme, il en existe d’autres également. Elle avait observé ce phénomène dans le milieu de travail, certains ne souhaitant prendre aucun risque pour s’affirmer. Dans certains milieux de travail considérés comme toxiques, cela pouvait se comprendre, c’était pour les gens une façon de survivre, mais ça ne pouvait, à son point de vue, être le fait de tous les milieux.

À la retraite, elle collaborait avec un groupe de citoyens retraités, en réalité dans la majorité des cas, des citoyennes retraitées, elle s’était aperçue qu’elle éprouvait de sérieuses difficultés avec ces personnes, ne saisissant pas trop où le bât pouvait blesser, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle n’avait pas l’impression d’avoir affaire avec de vraies personnes, mais plutôt avec des causes. Elle s’était alors demandé si ces personnes ne pouvait pas être des conformistes de la contestation, même si elles étaient toutes des sexagénaires.

Elle était étonnée, vraiment étonnée par la situation, les membres de ce groupe citoyen lui paraissaient avoir disparues derrière ces causes, rendant impossible la véritable communication avec elles. Comment en effet communiquer avec des causes, si ce n’est qu’en étant tout à fait en accord avec elles? Elle ne le savait vraiment pas, mais elle était persuadée qu’à son âge, elle avait davantage envie de connaître les gens que de défendre des causes, étant consciente qu’elle ne pouvait porter le poids du devenir de la ville où elle résidait sur ses épaules. Elle croyait également que ces personnes, contrairement à elle qui savait ce qu’elle avait envie de faire à la retraite, soit réaliser un rêve de jeunesse qu’elle n’avait pas pu réaliser, ces personnes avaient l’air de poursuivre le travail comme si elles n’avaient pas atteint cette étape de leur vie.

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